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Différences du butinage entre abeilles dites domestiques et abeilles sauvages

30 avril 2015 - Études & projets écologiques, Protection des animaux

Abeille du lierre, ou collète du lierreOsmie cornueDans l’article précédent, nous discutions de la pratique de l’apiculture. Une idée avait émergé : il pourrait être intéressant pour aider les abeilles d’en élever mais sans jamais prélever leur miel.

Mais pour pouvoir valider cette idée, il est nécessaire de s’intéresser aux population d’abeilles sauvages. A ce sujet, la région Nord Pas-de-Calais a publié un document très intéressant intitulé : Pourquoi les abeilles sauvages sont menacées, et pourquoi et comment les protéger.

Voici ce qu’ il est dit sur l’état des populations d’abeilles sauvages :

« Bien qu’aucune espèce de la faune gauloise des apoïdes ne semblait menacée de disparition à court terme en 1995 (Rasmont et al, 1995), les mêmes auteurs constataient à la même époque des régressions massives d’espèces notamment dans le nord de la France et en Belgique où a été observé un appauvrissement important des populations d’abeilles sauvages durant les dernières décennies (Rasmont et al, 1995), notamment des bourdons où 2/3 des taxons du nord de la France et de la Belgique sont en très forte régression (Rasmont et al, 2003). De manière plus générale, sur les 360 espèces d’abeilles présentes en Belgique, 85 taxons considérés comme rares ont un statut de conservation indéterminé (23.5%), 91 sont en déclin (25.2%), 145 sont considérés comme stables (40.2%) et seulement 39 sont en expansion (10.8%)(Rasmont et al, 2005). Ces constats complètent des observations plus anciennes réalisées dans d’autres pays proches. Dans la liste rouge des insectes britanniques, 28 % des Aculéates sont considérés comme menacés ou éteints, proportion plus élevée que pour n’importe quel autre groupe. En République Fédérale d’Allemagne, ce chiffre est encore plus important puisqu’il approche les 40 % (Gauld et al, 1990). Plus récemment, des suivis ont ainsi montré après 1980 une chute de la diversité de la faune des Apoïdes dans 52 % des zones étudiées au Royaume-Uni et dans 67 % de celles des Pays-Bas. En parallèle le déclin de la diversité des plantes pollinisées par les abeilles sauvages a également été constaté (Biesmeijer et al., 2006, in Klingler, 2008). En Suisse, la moitié environ des 600 espèces d’abeilles sauvages est également menacée (Zurbuchen et al, 2010). »

Les populations d’abeilles sauvages montrent donc les mêmes affaiblissements que les abeilles élevées par les apiculteurs.

Mais y a-t-il une différence entre ces deux populations d’abeilles ?

Oui, il existe une différence notable quant aux plantes pollinisées : les abeilles dites domestiques sont « généralistes », c’est-à-dire qu’elles vont butiner un grand nombre de fleurs, alors que les abeilles sauvages peuvent être tant « généralistes » qu’hyper-spécialistes.

« Dans nos régions, les experts estiment que nos abeilles sauvages sont garantes à elles seules de la moitié de notre biodiversité florale. Leur perte entraînerait une véritable catastrophe pour le patrimoine végétal et par voie de conséquence pour les espèces animales. Dans ce sens Vereecken et al (2010a) donnent l’exemple des orchidées sauvages indigènes dont certaines sont essentiellement pollinisées par les abeilles sauvages. »

De plus, il est aujourd’hui reconnu que l’efficacité de la pollinisation par les abeilles sauvages est plus importante :

« Avec l’augmentation du nombre de visites effectuées par la seule Abeille domestique, la fructification n’augmente que dans 14% des systèmes étudiés. L’augmentation de fructification induite par les abeilles sauvages est, quant à elle, deux fois plus élevée que celle induite par leur cousine domestique. »

Suite à ces constatations, le document liste les actions possibles pour soutenir les abeilles sauvages :

« En 2008, Chagnon a entamé le même type de réflexion pour la Fédération canadienne de la faune. Les propositions de l’auteur, également pertinentes pour le territoire européen, étaient les suivantes :
1 reconnaître (protéger) les pollinisateurs sauvages et leurs habitats qui sont déjà établis
2 Créer des sites de nidification pour les abeilles
3 Fournir une gamme de plantes indigènes qui fleurissent tout au long de la saison de végétation
4 Réajuster les pratiques de gestion des terrains existants afin d’éviter de causer un préjudice aux pollinisateurs déjà présents
5 Améliorer, restaurer ou créer des habitats pour les papillons et les abeilles
6 Ne pas utiliser de pesticides. »

La 6ème proposition est présentée comme la proposition prioritaire mais le document explique tout de suite après l’impuissance de la région face aux grands groupes industriels. La région se centre donc sur les autres objectifs.

Les abeilles dites domestiques et les abeilles sauvages ont donc des rôles différents. Les abeilles sauvages sont beaucoup plus efficaces et sont souvent plus spécifiques.

Les abeilles dites domestiques sont, quant à elles, généralistes.

On commence à voir pourquoi le fait d’élever des abeilles dites domestiques n’est pas une bonne solution dans l’objectif de soutenir la nature. Mais il est intéressant étudier encore ces abeilles dites domestiques. En quoi, en dehors de ces différences dans le type de butinage sont-elles différentes des abeilles sauvages ? Appartiennent-elles à des espèces différentes ?

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