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État des lieux de la Nature à Lille

30 juin 2016 - Études & projets écologiques, Nature & écosystèmes

Le parc Jean-Baptiste Lebas à LilleLe quartier du Bois Habité à LilleCet article inaugure une série sur la Nature dans la région. De très nombreux documents sont disponibles sur le site de l’Observatoire Régional de la Biodiversité et il est intéressant de résumer les données qu’ils contiennent pour tenter d’avoir une vue d’ensemble.

Précisons cependant que le contexte dans lequel ces documents ont été élaborés : ils partent du postulat que « L’environnement urbain est donc [le] cadre de vie [d’une grande partie des habitants du Nord Pas-de-Calais] et le bien-être des citoyens, ainsi que souvent leur santé, dépendent de la quantité et de la qualité des espaces verts urbains. » On a donc ici une vision très anthropocentrique pour une étude de la Nature, une vision du monde comme un jardin, sous l’angle principal du plaisir pour l’être humain.

Mais voyons tout de même les données qui ont été collectées.

Nous allons donc commencer par l’étude de la faune et de la flore dans les villes, et nous allons tout d’abord nous intéresser à la ville de Lille qui a la population la plus importante.

Dans le document sur La Biodiversité urbaine, la surface de la ville de Lille est estimée à 3504 hectares et la densité de population à 6627 habitants par kilomètres carrés. C’est une première donnée importante : la densité de population de la ville de Lille est donc plus élevée que des villes comme Hong-Kong, Rio ou Londres !

Sans surprise, la ville de Lille est composée de 93 % de territoires artificialisés (ce chiffre comprenant les parcs urbains), 3 % de prairie, de mégaphorbiaie (zone de transition entre la zone humide et la forêt ) et de roselière, 2 % de terres agricoles et de plantations d’arbres, 1 % de forêt et de fourrés et 1 % de milieu aquatique.

Ces caractéristiques ne sont pas générales à toutes les villes : on pourrait en effet penser qu’il est logique qu’une grande ville soit en majorité composée de territoires artificialisés mais nous verrons que ce n’est pas le cas pour Douai ou Cambrai par exemple.

Dans un premier temps, est évalué le pourcentage de zones naturelles, qui sont définies comme suit : « zones qui comprennent principalement des espèces indigènes et des écosystèmes naturels qui ne sont pas, peu ou plus influencés par des gestes humains, sauf lorsque de tels gestes sont destinés à préserver ou à améliorer les espèces indigènes ».

La ville de Lille comprend selon cet indicateur 4,9 % de zones naturelles. L’étude donne également une estimation haute en comprenant les parcs urbains (dont on peut se demander s’ils répondent réellement à la définition posée les auteurs…) qui s’élève à 12,8 %.

Ces zones naturelles (avec les parcs urbains) se découpent de la manière suivante : il y a environ 7 % de territoire avec un enjeu écologique et patrimonial faible, 3 % avec un enjeu secondaire, 2 % avec un enjeu fort et moins de 1 % avec un enjeu majeur.

Autrement dit, ces 12,8 % de zones naturelles représentent une faible part dans la surface totale de la ville de Lille et sont, en plus, de mauvaise qualité.

Le parc de la Citadelle à LilleCela s’explique notamment par ce qui est inclus dans les zones naturelles : les auteurs expliquent que cela va de la zone autour de la citadelle de Vauban (qui comprend des espaces comme le bois de Boulogne ou les roselières au bord du canal) à la pelouse du stade Grimonprez-Jooris (dont on peut se demander comment elle peut être classée comme zone naturelle !).

Dans une seconde partie, l’étude s’attache donc à évaluer la surface des espaces verts et parcs urbains, car ils peuvent constituer des abris pour la faune et la flore.

A Lille, ces espaces verts représentent 7,89 % du territoire de la ville. Cependant, il n’est pas possible de savoir si ces espaces verts sont des véritables refuges pour la Nature : là encore compte-t-on des espaces comme le stade Grimonprez-Jooris ? Si oui, quelle est la proportion de ce genre d’espace dans les 7,89 % ?

Les auteurs eux-mêmes expliquent que lorsqu’on évalue la biodiversité urbaine, c’est surtout le mode gestion de ces espaces verts qui est important. Autrement dit , ils soulignent que : « Ce n’est donc pas tant la quantité (la surface totale de parcs urbains) que la qualité (le mode de gestion de ces espaces) qui importe. »

S’il est certain qu’un grand espace de mauvaise qualité ne représente que peu d’intérêt pour la faune et la flore, il est absurde de dire que la quantité importe moins ! Les deux facteurs doivent avoir autant d’importance l’un que l’autre ! C’est d’ailleurs toute la question de la fragmentation des espaces naturels, fragmentation qui est très importante à Lille.

La proportion des zones arborées fait quant à elle triste mine : à Lille, elle ne s’élève qu’à 1,4 %. On voit bien la difficulté qu’ont les êtres humains à cohabiter avec les géants de la Nature : pollution, manque d’espace, manque de nourriture (par le ramassage des feuilles mortes par exemple) sont autant d’obstacles à la présence des arbres en ville.

Le document explique que la ville de Lille a pour politique par rapport aux arbres de laisser le bois mort dans le parc de la Citadelle et que l’autre grand chantier est la construction il y a quelques années du quartier du Bois Habité. Mais ce sont deux mesures bien pauvres. Il est assez étrange de présenter le bois mort comme une politique en faveur des arbres, ce qui laisse supposer qu’il ne doit pas y avoir de réel plan de préservation ni d’entretien. Et pour ce qui est de l’« éco-quartier » du Bois Habité, la densité des arbres a beau être supérieure au reste de la ville, de nombreux arbres sont obligés d’être taillés régulièrement du fait de la proximité avec les immeubles et quelques-uns ont carrément été coupés. Par ailleurs, la faune dans ce quartier reste très pauvre, signe que l’aménagement de la Nature n’a pas été bien pensé et n’a pas réussi à créer un espace vivant.

Le sujet suivant contenu dans le document est la question de l’eau et notamment de la perméabilité des sols. Sujet d’actualité puisqu’il y a quelques semaines encore, de nombreuses communes ont été touchées par les inondations.

Le parc Matisse à LilleLa perméabilité des sols est un sujet important : dans le document, ils expliquent que « en milieu urbain, 43 % de l’eau précipitée ruisselle contre seulement 10 % en milieu naturel. Cela réduit d’autant les possibilités d’infiltration des eaux pluviales, conduit à une décharge progressive des nappes d’eau souterraines (nécessaires pour l’alimentation en eau potable) et augmente les risques d’inondation. De plus, en ruisselant, les eaux de pluie, selon les surfaces rencontrées, se chargent en déchets et polluants (hydrocarbures sur les parkings par exemple) et finissent dans les milieux aquatiques. »

A Lille, il y a 18,3 % de zones perméables. Ce qui est bien en dessous de la valeur moyenne. Lille a donc un travail à faire également de ce côté.

Venons-en maintenant au cœur du problème : la présence des plantes et des animaux, qui n’est malheureusement traité que de manière superficielle dans ce document.

La ville de Lille compte 303 plantes vasculaires indigènes (des plantes qui ont des racines, une tige et/ou des feuilles et dont la présence est attestée avant l’an 1500) et 19 plantes vasculaires indigènes d’intérêt patrimonial. Elle compte également 17 espèces d’oiseaux, 12 espèces de rhopalocères (des papillons de jour), 1 espèce d’orthoptère (les criquets et sauterelles) et aucune d’odonate (les libellules et les demoiselles).

Il est à noter que ces relevés ont été faits par le Conservatoire Botanique National de Bailleul et par le Groupe Ornithologique du Nord, autrement dit des associations comptant quelques dizaines de salariés et dont les base de données sont remplies grâce à la bonne volonté de botanistes et observateurs bénévoles, amateurs ou professionnels. Il est atterrant de voir qu’il n’existe aucune instance officielle mesurant ce genre de données.

A cet égard, on peut souligner que les espèces mesurées sont très limitées – ce qui est difficile à reprocher aux organismes s’en occupant puisque l’intégralité du travail est réalisé par des bénévoles – et que revendiquer des services d’étude conséquent serait une juste exigence pour une politique écologiste sérieuse !

Il est tout de même malheureux qu’il n’y ait, par exemple, aucune évaluation des mammifères ou des reptiles ! Ou que les limaces et escargots, et les algues et les mousses, soient mis de côté…

Même si les auteurs du document estiment que le nombre de ces espèces est relativement important, on ne peut s’empêcher de penser que 300 plantes et 17 oiseaux différents, ça représente finalement bien peu. Et rien n’est dit sur le nombre d’individus pour chaque espèce ni sur leur environnement et la possibilité de développement des colonies.

Une autre lacune de ces indicateurs est le manque d’informations quant aux écosystèmes présents : il serait intéressant de savoir quels animaux sont en interaction avec quels autres animaux ou quelles plantes dans quel espace. De manière générale d’ailleurs, tous les indicateurs résumés dans cet article sont bien isolés les uns des autres. Il n’est fait aucun lien entre eux ce qui, au final, donne une vision très limitée de l’état de la Nature à Lille.

On comprend bien que l’état de la Nature à Lille est préoccupant (ce qui n’est souligné à aucun moment dans le document). Et on a une vision abstraite de la faune et la flore à Lille, il est donc difficile de se faire une idée concrète de quels animaux et quelles plantes sont présents.

La conclusion de tout cela est que la ville de Lille (ou le département du Nord) aurait bien besoin d’une instance d’étude de la Nature pour avoir de vraies données (en dehors des simples données géographiques) et pour pouvoir mettre en place des vraies mesures.

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