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La « juste place » de l’animal

30 juin 2014 - Arts & culture, Histoire de notre région

Photo d'archive de chevaux de trait d'Animavia
Photo d'archive de chiens policiers d'AnimaviaDans notre article précédent, nous expliquions que l’association Animavia tenait du catholicisme social. Et, en tant que telle, elle a une vision particulière des animaux. Cette vision est parfaitement exprimée dans le premier paragraphe de la présentation que l’association fait d’elle-même :

« Des centaines de bénévoles, éleveurs ou non, se retrouvent autour d’une même passion. Ils veulent une juste place pour l’animal dans notre société. »

Mais qu’entend donc Animavia par la « juste place » des animaux dans notre société ? L’expression de « juste place » fait clairement référence, là encore, à la doctrine de l’Église. Et même à ce qu’on appelle la doctrine sociale de l’Église.

La doctrine sociale de l’Église correspond à l’idéologie de l’Église dans le domaine social, et notamment dans quelle mesure elle entend aider les ouvriers. Cette doctrine vient encadrer le développement des interventions de différents ecclésiastiques, comme la généralisation des jardins ouvriers par Jules-Auguste Lemire, homme politique et prêtre du diocèse de Cambrai.

Les débuts de la doctrine sociale de l’Église sont généralement associés à Rerum novarum, un texte fondamental écrit en 1891 par le pape Léon XIII. Il y explique, entre autres, que le fait qu’il existe des différences entre les patrons et les ouvriers est naturel, que ces différences sont une richesse pour la société et que, par conséquent, il ne faut pas chercher à renverser ces rapports.

L’ouvrier aurait besoin du patron et son devoir principal serait de faire correctement son travail. Il est dit que :

« Parmi ces devoirs, voici ceux qui regardent le pauvre et l’ouvrier. Il doit fournir intégralement et fidèlement tout le travail auquel il s’est engagé par contrat libre et conforme à l’équité. Il ne doit point léser son patron, ni dans ses biens ni dans sa personne. »

Le patron, quant à lui, aurait comme devoir principal de respecter l’ouvrier et, notamment de lui fournir un « juste salaire » (comme le dit le titre du 17e chapitre : « Devoirs de justice particuliers du patron, notamment le juste salaire »). Il est dit à ce sujet :

« Assurément, pour fixer la juste mesure du salaire, il y a de nombreux points de vue à considérer. Mais, d’une manière générale, que le riche et le patron se souviennent qu’exploiter la pauvreté et la misère, et spéculer sur l’indigence sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines. Ce serait un crime à crier vengeance au ciel, que de frustrer quelqu’un du prix de ses labeurs. Voilà que le salaire que vous avez dérobé par fraude à vos ouvriers crie contre vous, et que leur clameur est montée jusqu’aux oreilles du Dieu des armées. »

Autrement dit, le « juste salaire » est le salaire grâce auquel l’ouvrier ne tombe pas dans la misère. Et le « juste salaire » c’est aussi et surtout le salaire qui permet à l’ouvrier de subvenir suffisamment à ses besoins pour ne pas se révolter contre le système.

Si on fait le parallèle avec la « juste place » des animaux dans la société, on comprend que, de la même manière, la « juste place » des animaux est la place qu’on peut accorder aux animaux sans que les êtres humains ne se dressent contre l’écœurement que pourrait provoquer des conditions de vie des animaux trop atroces.

Dans ce cadre, on comprend que, pour Animavia, militer pour la défense du monde animal et pour la juste place des animaux, ça correspond à défendre l’existence des animaux d’élevage puisqu’il ne faudrait pas remettre en cause les différences de traitement entre les animaux et les êtres vivants concernant le droit à vivre et le droit à être libre. Ces différences seraient naturelles et elles participeraient de la richesse de la société. Ainsi, défendre les animaux d’élevage se résume, pour Animavia, à améliorer les conditions dans lesquelles ils sont élevés, exploités et tués.

Tout comme le « juste salaire » visait à empêcher le développement du socialisme et maintenir la société telle quelle était, la « juste place » des animaux vise vise à empêcher le développement des mouvements de défense et de libération des animaux.

[Les photos de cet article sont des photos d’archives du site Animavia.]

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