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Le Muséum d’Histoire Naturelle de Lille, une ambiance glauque et morbide

10 août 2014 - Arts & culture, Science & technologies

Oiseaux empaillés du Museum d'Histoire Naturelle de LilleMuseum d'Histoire Naturelle, vitrine sur la taxidermieLes débuts du Muséum d’Histoire Naturelle de Lille datent de 1816. Depuis, les « collections » se sont enrichies pour former un ensemble de 385.000 « échantillons ». Et parmi ces « collections », celle de zoologie possède 110.000 « échantillons », autrement dit, 110.000 squelettes, animaux empaillés et autres insectes séchés.

La profusion de ces animaux morts fait de ce musée un lieu particulièrement glauque. Mais le musée, lui, en est particulièrement fier, ces animaux formant la grande majorité de l’exposition permanente. Il y a même toute une vitrine expliquant le procédé de la taxidermie.
Un première pancarte explique que : « La taxidermie, c’est l’art de préparer les animaux morts pour les conserver avec l’apparence de la vie. » Il faut tout d’abord souligner que les taxidermistes n’attendent évidemment pas de trouver, par hasard, un animal mort, la taxidermie nécessite de le tuer. Cette première pancarte, avec son ton faussement objectif et scientifique, cache cette réalité qui serait certainement trop dure à lire pour la majorité des visiteurs (sinon, pourquoi ne pas l’écrire clairement).

Une deuxième pancarte détaille la procédure à suivre pour « naturaliser » un animal. Là encore, le terme « naturaliser » n’est pas neutre et signifie bien la volonté des conservateurs du musée d’utiliser un mot moins cru que « empailler » – qui traduit pourtant le fait que la taxidermie consiste à ne garder que la peau de l’animal que l’on vient disposer sur un mannequin qui était, selon les anciennes techniques, en paille. Il n’y a donc là rien de naturel puisque c’est le taxidermiste qui donne sa forme à l’animal empaillé. De plus, le fait même de vouloir donner une impression de vie à un être qui est mort n’est pas naturel.

Une dernière pancarte explique le rôle de ces animaux « naturalisés » : « L’animal naturalisé permet de : témoigner de la diversité des espèces, conserver des espèces rares ou éteintes, stimuler l’émerveillement et l’envie de connaissance. » Si un article de La Voix du Nord du 5 août 2014 présente le muséum comme ceci : « un havre protégé de notre rythme à grande vitesse. Et les familles ne s’y trompent pas : elles s’y réfugient et font elles-mêmes les guides. Car ici pas de visite virtuelle, de tablettes tactiles et autre nouveau gadget high-tech qui a révolutionné ses contemporains. On regarde, on observe, on lit et on écoute ses parents ou grands-parents raconter, comme hier, les histoires de petites et grosses bêtes. », nous regrettons bien au contraire que ce genre de musée soit encore d’actualité pour susciter la curiosité des plus jeunes. En effet, il existe tellement de nouvelles technologies qui permettrait de faire cela de façon beaucoup moins morbide qu’en présentant des centaines de cadavres.

Le Muséum d’Histoire Naturelle, malgré ses tentatives de justification de la taxidermie, est donc un digne héritier des cabinets de curiosité. Mais si la pratique faisait partie de la science du XVIIe au XIXe siècle, aucune autre technique que le dessin ne pouvant alors permettre de garder des animaux en trois dimensions, elle est de nos jours tout à fait obsolète. Le fait de vouloir à tout prix conserver cette façon de faire ne témoigne que d’un esprit scientifique conservateur, opposé à toute idée progressiste – tout comme l’est l’article de La Voix du Nord.

D’ailleurs, la plupart des enfants ne s’y trompent pas et parcourent distraitement les allées de ce spectacle mortuaire pour ne s’attarder que sur les petits aquariums d’animaux vivants (dont nous parlerons dans un prochain article) ou pour écouter les adultes tenter de susciter chez eux une curiosité qui, manifestement, n’est pas présente. Tout au plus, les animaux « naturalisés » du musée provoqueront chez les enfants un intérêt pour le morbide.

Découvrir l’incroyable foisonnement du monde animal est quelque chose de passionnant mais, aujourd’hui, il peut et il doit se faire en respect avec la vie des animaux !