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Le Réseau Express Grand Lille

7 novembre 2015 - Études & projets écologiques

Le Réseau Express Grand LilleLe Réseau Express Grand Lille (parfois écourté en REGL et appelé aussi RER Lille-Hénin) est un grand projet de construction de nouvelles voies ferrées en partance de Lille pour relier notamment la métropole au bassin minier du Pas-de-Calais. C’est un des projets les plus importants de ces dernières années (du fait de l’impact qu’il va avoir sur le paysage régional) et nous allons l’étudier avec, comme mise en perspective, l’analyse que nous avons fait sur la question des transports.

L’idée est lancée en 2010 et la mise en service est prévue aux environs de 2025-2030 si le projet continue à se construire à un bon rythme – ce qui peut s’avérer compliqué même si la région a voté en octobre 2015 la poursuite du projet.

Le Réseau Express Grand Lille, ce sera 40km de nouvelles voies ferrées et des trains toutes les 5 minutes pendant les heures de pointe. Le nombre estimé est estimé à 50 000 voyageurs par jour. Une gare spéciale serait construite sous la gare de Lille Flandres (mais ce point du projet en particulier semble susciter des oppositions – même si on voit mal quelle autre solution est envisageable) et les nouveaux trains mis en place ne seront là que pour compléter le réseau existant.

Le projet est estimé à 2 milliards d’euros (certains opposants parlent de plus de 3 milliards d’euros) financés par des fonds européens et des crédits de l’État. Il est actuellement soutenu les candidats aux élections régionales de 2015 du Parti Socialiste, des Républicains-UDI et du Front National.

Depuis avril et jusqu’à juillet, une grande campagne d’information et de débats a été organisée dans de nombreuses villes, dans l’objectif d’éviter des situations comme à Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens. Les organisateurs revendiquent 20 000 participants et 66 % de validation du projet.

Ce qui est logique.

En effet, le Réseau Express Grand Lille vise à augmenter de manière significative l’offre de transports en commun. La métropole lilloise est complètement embouteillée et il est normal que les utilisateurs y voient une solution à ces problèmes qui leur minent le quotidien.

De plus, en ces temps où la question écologique est au centre de beaucoup de problèmes, comme les pics de pollution aux particules fines qui ont eu lieu ces derniers jours, proposer de renforcer le réseau ferroviaire ne peut être saluer que comme un progrès.

Cependant, le projet présente également de nombreuses faiblesses, voire des absurdités.

Tout d’abord, la présentation qu’en fait Daniel Percheron, président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, est particulièrement significative :

« Oui, on doit développer le covoiturage mais il n’y aura pas de métropole rayonnante sans ce projet. Et puis, pour rappel, le livre blanc de l’Europe évalue à 1 % du PIB en euros la perte de valeur due aux embouteillages. La métropole lilloise, c’est 70 % du PIB de la région. On estime les pertes dues aux engorgements à 300 ou 400 millions d’euros par an. »

« Ce projet va permettre à la métropole de partager son dynamisme avec le bassin minier où le taux de chômage est insupportable. »

Les considérations sont essentiellement économiques, et centrées sur Lille.

Donc, pour un projet qui devrait être notamment fondé autour de la question écologique, la prise en compte de la nature est survolée, voire même négligée. Ainsi, dans un document en ligne « Bilan débat public Réseau Express Grand Lille (REGL) », il est expliqué :

« Avec l’objectif de limiter les impacts paysagers et environnementaux, le tracé du projet est proposé par le maître d’ouvrage en grande partie le long de la LGV [Ligne à Grande Vitesse] et de l’autoroute A1. Selon les scénarii, la ligne rapide pourrait toutefois traverser certaines zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) [des Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique, à savoir La Forêt domaniale de Phalempin, le Bois de l’Offlarde, le Bois Monsieur, les Cinq Tailles, le Parc Naturel Régional Scarpe-Escaut] et éventuellement un site Natura 2000. Elle intercepterait également plusieurs périmètres de protection de monuments historiques et devrait s’adapter aux exigences paysagères dues à l’inscription du Bassin minier au patrimoine mondial de l’UNESCO. »

Ce paragraphe est assez sidérant… et montre à quel point le projet n’est pas destiné à défendre l’écologie. Ou plutôt qu’un tel projet ne peut pas le faire : car il faut savoir que le trajet qui a été choisi est celui qui présente le moins d’impact au niveau écologique sur toute une série de possibilités.

Jean-François Caron, vice-président de la mission bassin minier craint, pour le terril Saint-Henriette qui a déjà souffert de glissements et près duquel devrait construite une nouvelle gare, que :

« Plus on va s’approcher du terril, plus il va y avoir de vibration et plus il y a de risque de glissement de terrain. »

Les terrils s’étant développés ces dernières années comme des réserves de vie, il y a de quoi s’inquiéter si même des zones classées sont inquiétées.

Et, parallèlement à cette absence de dimension écologique, il est clair à la lecture de la déclaration de Daniel Percheron que le projet vise avant tout, non seulement à désencombrer Lille, mais aussi à augmenter encore son rayonnement sur toute la région.

Les habitants ne s’y trompent pas d’ailleurs puisque, lors du débat à Hénin-Beaumont, l’échange suivant a eu lieu :

« — Le bassin minier ne risque-t-il pas d’être « phagocyté » par la métropole lilloise ?

— Le projet est ambivalent et doit servir les deux territoires, insiste Daniel Percheron. Aujourd’hui, l’arrondissement de Lens est aussi dynamique que la métropole lilloise en terme de création d’entreprises. C’est une métropolisation douce que nous offrons au bassin minier qui en a fondamentalement besoin. »

Car le cœur de la question du Réseau Express Grand Lille est la polarisation encore plus forte de la région vers Lille. Et c’est là également le cœur de la réponse au problème des embouteillages autour de Lille et de la santé économique de la région.

De nombreuses voies (EELV et agriculteurs notamment) proposent plutôt d’améliorer les lignes existantes. Mais c’est tout à fait irréaliste. Le flux de voyageurs quotidiens est impossible à supporter par le seul réseau ferré existant, d’autant plus qu’il est évident qu’il va encore augmenter ces prochaines années avec l’augmentation toujours plus importante e l’influence de Lille.

Seule une profonde restructuration de toute l’économie de la région permettra de vivre dans des conditions agréables et de pouvoir mettre en place un véritable soutien à la nature de notre région.

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