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Les chasseurs de France, statistiques et stratégies de communication

24 février 2015 - Études & projets écologiques
Le lapin de garenne, considéré comme « nuisible »

Le lapin de garenne, considéré comme « nuisible »

La pie bavarde, considérée comme « nuisible »

La pie bavarde, considérée comme « nuisible »

Dans nos deux derniers articles, au travers du massacre des 13 oiseaux et des « Journées du Goupil », nous parlions pour la première fois de la question de la chasse.

Mais qui sont les chasseurs du Nord ?

C’est une question à laquelle il n’est pas facile de répondre… Même en écumant les différents sites de chasse du Nord et du Nord Pas-de-Calais, les informations sur qui sont les chasseurs se font rares.

Il est un peu plus facile d’obtenir des informations à l’échelle nationale.

En 2011-2012, la France était le pays d’Europe comptant le plus de chasseurs : environ 1 224 000 chasseurs (selon le Nouvel Obs, ils ne seraient plus que 900.000 aujourd’hui).

C’est également en France que les chasseurs ont la possibilité de tuer le plus grand nombre d’espèces différentes : 23 espèces de mammifères et 64 espèces d’oiseaux, dont des espèces migratrices protégées chez nos voisins européens.

Sur le site des chasseurs de France (le site de la Fédération Nationale des Chasseurs), on peut également trouver des statistiques sur le profil type des chasseurs. On y apprend notamment que 98 % des chasseurs sont des hommes.

Voulant se distancier de l’image du chasseur bourgeois, le site explique également que 40 % des chasseurs sont des ouvriers, 3 % sont des inactifs, 12 % des agriculteurs, 9 % des chefs d’entreprise, 10 % des cadres et professions libérales, 20 % des professions intermédiaires et 7 % des employés.

Arrêtons-nous un instant sur ces chiffres. Afficher ce genre de chiffres vise à montrer que la plupart des chasseurs sont des ouvriers ou des gens issus de la classe moyenne.

Cependant, il y a un gros problème : l’ONCFS (l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) donne des chiffres différents. On voit notamment dans leurs statistiques que les inactifs représentent en réalité 30 % des chasseurs, les ouvriers 26 % et les cadres moyens (l’ancien équivalent pour professions intermédiaires) 13 %.

En résumé, les ouvriers et les classes moyennes représentent 67 % des chasseurs pour la Fédération de la Chasse alors que pour l’ONCFS, ils ne représentent que 45 %.

Le corbeau, considéré comme « nuisible »

Le corbeau, considéré comme « nuisible »

Les chiffres de l’ONCFS sont certes plus vieux mais il est difficile à croire que la proportion des inactifs ait chuté de 30 à 3 % en quelques années…

Par ailleurs, l’ONCFS est un organisme administratif officiel. Par conséquent, on peut logiquement lui faire confiance. La conclusion est donc que la Fédération de chasse présente des chiffres visant à augmenter son capital sympathie, en présentant les chiffres de façon à mettre en avant le nombre de chasseurs issus des couches populaires.

Il est aussi intéressant de prendre en considération des chiffres qui ne sont évoqués à aucun moment sur le site des chasseurs de France : 26 % des agriculteurs sont des chasseurs, 8 % des patrons de commerce et d’industrie sont des chasseurs et 6 % des ouvriers sont des chasseurs.

Là encore, les chiffres montrent que, relativement au nombre total de personnes pour chaque couche sociale, ce sont plus les patrons (les agriculteurs regroupant les propriétaires d’une exploitation agricole) qui chassent que les ouvriers.

Ensuite, en plus de ces chiffres sur le profil des chasseurs, sous le titre plus que douteux « La nature est notre culture », les chasseurs de France cherchent à se donner un côté écologique, sympa.

En effet, sur 1004 chasseurs interrogés à propos des raisons pour lesquelles ils chassent, 60 % disent aimer « pratiquer une activité de nature » et 51 % suivent la tradition familiale. Ce sont ces chiffres qui font dire à la Fédération Nationale des Chasseurs que leur culture est la nature.

Par contre, ce qu’ils oublient de préciser c’est qu’en réalité, selon leurs propres chiffres, seuls 10 % des chasseurs chassent pour la « gestion des animaux, de la nature ».

Ce qui confirme bien ce que nous disions dans l’article sur la chasse au renard dans le Nord : le discours sur la régulation des populations animales – outre le fait d’être un argument fallacieux – n’est qu’un artifice de communication, pour calmer les tensions, qui ne reflète pas la réalité du chasseur.

Nous avons donc dressé le portrait du chasseur français. Mais est-ce que toutes ces informations sont vraies pour les chasseurs du Nord ?

C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

La bernache du Canada, considérée comme « nuisible »

La bernache du Canada, considérée comme « nuisible »

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