Menu

Les nuages du Nord et Jean-Baptiste Camille Corot

26 mai 2014 - Arts & culture

Jean-Baptiste Camille Corot, Le beffroi de Douai (1871)En ces journées pluvieuses, il est intéressant de souligner la beauté apportée par les nuages. Aujourd’hui voûte en camaïeu de gris, hier coussins blancs ventrus, si le ciel est souvent nuageux dans le Nord, ce n’est nullement une raison de s’attrister. En effet, un ciel nuageux, c’est un ciel captivant, à côté duquel un ciel entièrement bleu peut paraître bien vide. Les nuages donnent aussi aux paysages une lumière toute particulière.

Et de nombreux peintres reflètent cet état d’esprit et se plaisent à représenter le ciel du Nord. Le musée de la Chartreuse, à Douai, a ainsi organisé jusqu’en janvier 2014, une exposition intitulée « Corot dans la lumière du Nord ». Même si l’exposition n’est plus d’actualité, le sujet reste passionnant.

Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) était un peintre parisien qui aimait venir, entre autres, dans le Nord pour peindre des paysages. La commissaire d’exposition expliquait que : « Ce qui l’intéressait dans nos pays du Nord, c’étaient les changements de lumière, cette tonalité si particulière donnée par le soleil filtré par les nuages. » L’exposition « Corot dans la lumière du Nord » mettait ainsi en avant le tableau Le beffroi de Douai que Jean-Baptiste Camille Corot a peint en 1871. Paul Leprieur, critique d’art, dit ceci du tableau en 1908 :

Sous son dehors d’étude, simple fenêtre ouverte sur la ville, l’œuvre est composée avec une parfaite connaissance de la tradition classique : Les deux bâtiments formant avancée et ressaut en premier plan, celui de droite à demi perdu dans la pénombre, celui de gauche si finement détaillé en son élégante architecture dorée par le soleil. Tout est d’harmonie si délicieuse dans une note intime et familière, depuis l’éclat joyeux des géraniums posés sur la fenêtre ou les doux tons vert d’eau du châssis cernant les carreaux, jusqu’au pigeon même perché sur le toit, jouent comme involontairement, avec un naturel exquis, le rôle de portants et de repoussoirs, nécessaires pour faire d’autant mieux ressortir et s’enfoncer la perspective de la rue. Plus loin se succèdent les maisons et les toits, dans la lumière diffuse partout éparse et qui éclaire l’ombre, mêlant en accord mesuré leurs notes variées et chantantes. […] Tandis que le beffroi, véritable pièce de fond, qui donne au tableau son principal attrait pittoresque, dresse dans l’air léger ses robustes assises et son fin couronnement de tours ou de tourelles, dardant vers l’azur ouaté de molles vapeurs grises ou blanches, leurs flèches égayées par le brillant scintillement des girouettes d’or.

Il est tout de même à noter que le peintre séjournait alors à Douai pour fuir la révolution de la Commune de Paris. Il est donc certain que Jean-Baptiste Camille Corot trouvait la ville de Douai beaucoup plus paisible et pleine d’harmonie que ne l’était la ville de Paris, où progressait pourtant l’histoire.

Jean-Baptiste Camille Corot, Route de Sin le Noble près de Douai (1873)Ce deuxième tableau intitulé Route de Sin le Noble près de Douai (1873) faisait également partie de l’exposition et évoque, selon le site du musée du Louvre, les paysagistes flamands du XVIIe siècle. La peinture représente de manière réaliste un paysage, avec un ciel bleu pâle paré de nuages cotonneux qu’on pourrait retrouver de nos jours.

Cependant, toutes réalistes qu’elles soient dans la représentation des paysages, les oeuvres de Jean-Baptiste Camille Corot peignant le Nord ne montrent qu’une partie de la réalité car on n’y voit jamais de travailleurs, et notamment pas un seul tableau ne représente de mineurs à une époque où ils étaient pourtant très présents dans la région.

Étiquettes : ,