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Les suites de l’affaire Cause Animale Nord

5 octobre 2015 - Associations & refuges, Vie de la cité

Linda, la jeune chienne arrachée par Cause Animale NordLa semaine dernière, nous parlions de la polémique qui était montée autour de Cause Animale Nord suite à la diffusion d’une vidéo montrant une de leurs interventions.

Depuis cet article, de nombreuses choses se sont passées. La polémique a continué à enfler, et la page Facebook de l’association a été submergée de messages. Tout ceci aurait pu amener des débats intéressants mais le sujet a déchaîné les passions sans permettre de discussion constructive concernant les modalités d’intervention pour la défense des animaux.

Ainsi la page Facebook a vu les messages se polariser autour de deux camps.

Dans le premier camp, les nombreuses personnes venues s’insurger contre l’association Cause Animale Nord avec plusieurs axes d’attaque.

De nombreuses remarques concernaient le fait qu’ils n’avaient pas le droit de voler le SDF, autrement dit qu’enlever ainsi la chienne n’est pas légal.

De trop nombreux messages accusaient aussi Cause Animale Nord de faire du profit sur le dos du sans-abri sous prétexte que les frais d’adoption sont exorbitants. Il faut vraiment ne jamais avoir adopté d’animal, ou ne jamais avoir côtoyé d’associations, pour affirmer cela. En effet, il est tout à fait courant de payer 200 euros pour participer aux frais engagés par les associations pour prendre en charge les animaux.

Enfin, une dernière partie des commentaires se focalisait sur l’idée que les mafias roms exploitant, entre autres, les animaux n’existent pas en réalité et que, par conséquent, toute association ou toute personne y faisant référence est raciste.

Dans le second camp, se trouvent donc l’association Cause Animale Nord et ses soutiens.

Cette affaire a mis en lumière les réflexes racistes de certaines personnes appartenant à cette association (que ce soit la confusion entre les mafias roms et les personnes roms qui, forcément selon eux, ne sont que des parasites ou le fait qu’ils aient publié précipitamment des messages identifiant l’auteur de la première vidéo comme étant juif, ce qui justifierait qu’il torde la vérité pour défendre la religion – propos qu’ils ont vite retiré de leur page Facebook).

Mais c’est également une attitude de victime que l’association a mis en avant (notamment au travers des nombreuses menaces de plainte qu’ils ont proféré) à laquelle va vite s’ajouter une dimension complotiste. Le communiqué du 30 septembre est à ce titre édifiant : Anthony Blanchard déclare en effet que l’association est forcément victime de personnes haut placées.

Ainsi, même si l’exploitation de chiens se trouvait confirmée, justifiant a posteriori l’action de Cause Animale Nord, c’est tout de même une culture très particulière qu’ils montrent là, une culture qui n’a rien de progressiste.

Il est vraiment dommage que le débat ait évolué de cette façon car comme nous l’avions déjà affirmé, discuter des modalités d’intervention est intéressant. Pourquoi cela ? Car, d’un côté, on aimerait que ce genre d’interpellation se passe dans l’ordre mais, d’un autre côté, il ne faut pas se leurrer : cela se passe très rarement, sinon jamais, dans l’ordre étant donné que la société française n’est pas favorable à la protection des animaux.

La nécessité d’une telle action se justifie donc au vu de l’immobilisme de la société face à la détresse des animaux exploités. Cependant, un des gros problèmes réside dans le fait que l’association a rejeté toute discussion.

Dans une sorte de volonté de rester à l’écart des masses de personnes demandant des comptes, de rester dans une position de sauveur rebelle des temps modernes, l’association a fait le jeu des personnes critiquant les associations de défense des animaux comme étant des extrémistes.

Au bout de plusieurs jours, l’association a bien dû reconnaître que la discussion qu’elle refusait était finalement nécessaire, lançant alors une sorte de campagne de discussion sous une forme plus que douteuse et s’intitulant « Un cas, un avis ».

Mais le mal était fait. Il était beaucoup trop tard. La passion s’était déjà emparée des différents intervenants depuis plusieurs jours, empêchant toute discussion sereine et argumentée.

La situation ne s’est d’ailleurs pas améliorée pour le président de Cause Animale, Anthony Blanchard, puisqu’il a passé quelques heures en garde à vous, avant d’être relâché en échange de son accord pour rendre la chienne. La chienne est donc actuellement dans un chenil.

En effet, il semblerait que ses papiers soient en règle (papiers qui ne seraient pas ceux qui ont été diffusés sur internet) et la chienne sera vraisemblablement restituée à l’homme sans-abri à qui elle avait été retirée.

En conclusion, c’est là une bien triste affaire pour qui cherche à défendre les animaux : elle aura été largement médiatisée et sera devenue une publicité férocement négative pour les gens défendant les animaux.

La focalisation sur la question de savoir si l’action était légale ou pas a complètement éclipser le débat sur l’exploitation des animaux.

Pourtant, Cause Animale Nord avait fait planer, pendant plusieurs jours, l’arrivée imminente de la vérité. Ils ont multiplié les déclarations mystérieuse du type « Encore quelques heures et la vérité éclatera » ou « Méfiez-vous de apparences, elles sont souvent trompeuses », mais au final rien de tout cela n’aura éclaté au grand jour.

Cette attitude a donné une image néfaste des défenseurs des animaux : des personnes agissant sans réfléchir et prêtes à tout pour arriver à leurs fins. C’est désastreux.

D’autant plus que si l’homme incriminé faisait réellement partie d’un trafic, la chienne aura été remise dans le circuit avec l’aval de l’État !

En conclusion, on peut dire de tout cela que pour défendre les animaux, il est compréhensible que certaines personnes interviennent en dépit des lois pour protéger les animaux. Mais cela doit se faire en ayant une culture juste, une culture progressiste. Ce n’est que comme cela que la défense des animaux arrivera à rallier la plus grande majorité des gens et, ainsi, à faire changer les choses.

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