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L’iris des marais et la « fleur de lys »

8 mai 2014 - Arts & culture, Histoire de notre région

Touffe d'iris des maraisUn iris des maraisEn ce moment, les berges des zones humides voient fleurir l’iris des marais. Magnifique fleur aux trois pétales jaunes, cet iris semble détenir un lourd passé historique et culturel en France et dans le Nord. En effet, de nombreux historiens postulent que c’est l’iris des marais qui aurait inspiré la « fleur de lys », et non le lys lui-même.

Une des légendes les plus anciennes concernant l’adoption de la « fleur de lys » comme symbole royal remonte à Clovis. Au printemps 507, lors de la bataille de Vouillé (qui a eu lieu dans le département de la Vienne), Clovis aurait remporté la victoire grâce à l’iris des marais. Deux versions de l’histoire coexistent : dans l’une, c’est la présence de ces iris, qui ne peuvent vivre que dans 40 cm d’eau maximum, qui aurait fait comprendre à Clovis que son armée pouvait traverser les eaux environnantes ; dans l’autre, son armée se serait cachée derrière ces fleurs. Toujours est-il que, selon cette légende, l’iris des marais lui aurait permis de triompher de ses ennemis et il l’aurait par conséquent adopté comme emblème.

Les historiens expliquent que c’est ensuite Louis VII (1137 – 1181) qui a repris cette « fleur de lys » pour en faire son blason et qu’elle est devenue, par la suite, le blason des rois de France. L’appellation de la « fleur de lys » fait l’objet de différentes hypothèses. Certains expliquent que, comme c’est Louis VII qui a choisi ce symbole, il aurait été nommé « fleur de loïs », transformé successivement en « fleur de lis » puis « fleur de lys ». D’autres expliquent qu’elle se serait d’abord appelée « fleur de louys » et, par la suite, « fleur de lys ».

Par ailleurs, parmi les hypothèses relatives à l’adoption de la « fleur de lys » par Louis VII, on trouve un récit affirmant que c’est l’annexion d’Armentières qui en est responsable. La ville d’Armentières est traversée par la Lys – dont le nom n’a rien à voir avec le lys ni avec l’iris des marais – où poussaient tout de même de nombreux iris des marais. Le seigneur d’Armentières aurait donc adopté la « fleur de lys » en référence à ces fleurs. Et Louis VII se serait approprié ce blason lors de l’annexion d’Armentières.

La ville de Lille arbore également un blason orné d’une « fleur de lys », mais argentée cette fois. De nombreuses autres villes du Nord comportent la « fleur de lys » d’or et il est notable qu’une très grande partie des villes du parc naturel Scarpe-Escaut, riche en zones humides, en fassent partie.

Enfin, on peut remarquer que de nombreux auteurs refutent voire dédaignent l’idée que le blason des rois de France puisse venir d’une fleur. Charles De Gaulle disait ainsi que : « La France fut faite à coups d’épée. La fleur de lys, symbole d’unité nationale, n’est que l’image d’un javelot à trois lances. » Affirmer cela c’est faire comme si la culture de l’humanité ne provenait que d’elle-même, c’est nier complètement la nature et le fait que l’humanité n’en est qu’une partie.

Or, si on reste dans le domaine de l’héraldique (l’étude du blason), on voit que Clovis, avant d’adopter la « fleur de lys », avait pour emblême trois crapauds. De la même manière, d’autres villes du Nord affichent des symboles sans équivoque, comme par exemple, les roses d’or d’Aniche et de Rieulay (près de Douai), les merlettes de Bantigny et de Cauroir (près de Cambrai) ou de Lewarde, ou encore l’arbre aux six poissons de Bermeries (près de Saint-Amand-les-Eaux). On ne peut pas dire que ce soit là des symboles particulièrement guerriers.

S’il est très probable qu’à l’époque, l’objectif n’était pas de rendre hommage à la nature, il est toutefois impossible de nier que ces blasons mettent en avant des éléments caractéristiques de la nature environnante.

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