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Quel avenir pour la friche Saint-Sauveur ?

27 juin 2016 - Études & projets écologiques, Nature & écosystèmes

Les territoires EuralilleLa friche Saint-SauveurA Lille, il existe un grand site en friche juste derrière la gare Saint-Sauveur. Cet espace avoisine les 23 hectares, soit 0,23 kilomètre carré, ce qui équivaut à un carré de 0,50 kilomètres de côté. Autrement dit, un espace immense dont le sort doit être décidé cette année.

Le projet pour la friche Saint-Sauveur est dirigé par SPL Euralille (la Société Publique Locale Euralille). SPL Euralille est une entreprise d’aménagement urbain dont les actionnaires sont la Métropole Européenne de Lille (30,52 %), la ville de Lille (30,38 %), le Conseil régional (10,28 %), le Conseil général (10,28 %) et les villes de La Madeleine, Roubaix, Tourcoing et Villeneuve-d’Ascq (toutes les quatre à hauteur de 4,63%).

SPL Euralille est spécialisée dans les projets à grande échelle et, depuis 1990, c’est elle qui gère l’aménagement de ce qu’on appelle « les territoires d’Euralille », qui s’étendent de La Madeleine à Porte de Valenciennes à Lille. On a donc déjà un aperçu des réalisations de cette entreprise et de ce qu’on peut attendre de l’aménagement de la friche Saint-Sauveur.

Et on ne peut pas dire que les espaces verts soient leur spécialité : leurs aménagements sont souvent minéraux, c’est-à-dire très orientés pierre et béton.

Or, actuellement, cette friche est laissée à la nature de nombreux arbres et arbustes occupent les lieux, hébergeant oiseaux (et certainement de nombreux autres animaux) qu’on peut entendre chanter quand on passe à côté et qui doivent être bien contents d’avoir trouvé là un espace où ils peuvent vivre sereinement.

Car, il faut bien l’avouer, la ville de Lille est particulièrement pauvre en espaces verts. Le seul espace digne de ce nom dans la ville est le parc de la Citadelle avec son bois de Boulogne. Et, en tant que seul espace vert, il est surpeuplé… Ce qui témoigne bien du besoin des habitants et des habitantes de Lille de se retrouver dans un espace de nature.

Malheureusement, la présentation qui est faite du projet sur le site de SPL Euralille ne semble pas allé dans le sens de l’aménagement de cet espace vert en conservant le maximum de nature.

Voici les orientations qu’on peut trouver sur ce site :

« Un quartier habité

  • Des logements de qualité pour tous
  • Avec des espaces partagés

Un quartier de la connaissance et créatif

  • Des activités créatives en lien avec les activités autour de la friche
  • Des bureaux aux formes variées
  • Avec des espaces partagés

Un quartier du temps libre

  • Des lieux pour se cultiver, lire, découvrir
  • Des lieux pour rencontrer, faire la fête
  • Des lieux pour faire du sport
  • Des espaces publics agréables, ouverts

Un quartier commerçant

  • Des commerces de proximité
  • Des boutiques créatives
  • Des cafés à thème
  • Des commerces de loisirs
  • Des marques innovantes, locales »

La friche Saint-SauveurIl est affligeant de voir à quel point la nature n’a aucune place dans ce projet. Pas une seule fois n’est abordé la question de la faune et de la flore. Des habitations, des bureaux, des espaces culturels et beaucoup de commerces mais pas de nature.

Pourtant, des voix se sont élevées contre cette vision de l’aménagement de la friche Saint-Sauveur. Un architecte lillois, Antoine Kubiak, déplore que le seul espace vert de ce futur quartier d’habitation s’étalera sur seulement 1,5 hectare (soit la moitié du parc Jean-Baptiste Lebas. Autant dire, rien du tout. Un micro-parc, à l’image de tous les micro-parcs lillois d’ailleurs.

L’architecte souligne également que ce parc se situera sous la ligne de métro aérienne. Autrement dit, à un endroit où, de toute façon, rien ne pouvait être construit…

Antoine Kubiak défend donc l’idée de faire de la friche Saint-Sauveur un grand parc urbain ! Un projet ambitieux qu’il a d’ailleurs développé dans un dossier intitulé La dernière opportunité d’un parc.

Il y développe plusieurs arguments. Tout d’abord, il explique qu’en effet, les chiffres montrent que Lille est d’une grand pauvreté quant à la disponibilité en espaces verts. Et, par conséquent, bénéficie d’une biodiversité urbaine désastreuse. La friche Saint-Sauveur est malheureusement le dernier grand site lillois libre qui permettrait de remédier un peu à cette situation.

Ensuite, il explique qu’il y a dans ce projet une grande discrimination par rapport aux habitants et aux habitantes populaires du quartier qui vont voir se construire encore plus d’immeubles, alors que les personnes plus aisées du Vieux Lille vont bénéficier de l’aménagement du parc de la Citadelle et avoir près de chez eux un espace vert toujours plus agréable.

Enfin, il souligne que le projet est une aberration quant à l’aménagement du territoire : cet espace va ramener entre 5000 et 6000 voitures alors que le quartier est déjà très pollué, du fait de la présence de l’autoroute juste à côté, mais aussi des grandes artères de circulation qui voient déjà une circulation automobile dense permanente.

Que la friche de Saint-Sauveur soit entièrement consacrée à un grand parc urbain fait rêver tout ceux et celles qui s’intéressent et apprécient un tant soit peu la nature mais il faut rester réaliste : la description du projet donnée par SPL Euralille ne laisse malheureusement pas de place à l’espoir de voir un tel projet de grand parc urbain se réaliser.